Il y a peu paraissait “Contes de l’Oecumène et d’ailleurs” , un recueil de nouvelles de Fabien Lyraud. Ce dernier, membre actif du forum, en avait fait la publicité.
Le résumé semblait alléchant:
« Dans ce futur lointain l’humanité a essaimé dans l’espace. L’Oecuméne, vaste organisation domine les mondes humains. A ses frontières des mondes réforment leur politique pour essayer d’attirer ses faveurs. Plus loin encore sur d’autres planètes la vie continue loin de l’Oecumène
Huit nouvelles, huit mondes, reflets de l’adaptation de l’humanité aux mondes nouveaux qui lui sont offerts. Découvrez des sociétés nouvelles qui évoluent dans des décors exotiques. Si vous aimez Jack Vance ou Ursula Le Guin l’Oecumène ne pourra que vous plaire. »
Je l’ai acheté, intrigué par ce titre me rappelant effectivement Ursula Le Guin,
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ursula_Le_Guin et son cycle de l’ ekumen. Je ne l’ai pas regretté globalement même si l’on peut-être légitimement déçu par certains abords.
A sa demande expresse et répétée, je vous livre ma critique. Je l’ai voulue constructive mais franche. J’espère ne pas froisser l’auteur que je sens un peu tendu sur le sujet !
Commençons par le plus difficile, la forme. Passons rapidement sur l’illustration de la couverture. Elle est minimaliste mais de bon ton comme on est en droit de l’attendre pour une publication à compte d’auteur. Le livre contient 172 petites pages pour huit nouvelles aux textes plutôt aérés. Pas besoin d’être mathématicien pour se rendre compte que chacune d’entre-elles aura en moyenne 20 pages de long et que vu le caractère utilisé (assez gros) elles ne seront pas très difficile à lire ! De fait, conjugué au réel talent de l’auteur pour poser une ambiance, elles ne me demanderont pratiquement aucun effort. A contrario, j’ai souvent trouvé qu’elles étaient trop courtes et qu’elles auraient mérité un plus grand développement afin d’éviter ces fins abruptes qui gâchent un peu le plaisir de la lecture ! Malheureusement ce n’est pas la seule chose qui viendra me gâcher mon plaisir. Je dois bien avouer que j’ai été assez dépité d’avoir acheté 17 EUR un livre qui ne me semble pas avoir été relu attentivement par l’auteur ou par une personne tierce. Il me semble impossible qu’un relecteur ait pu laisser passer autant de coquilles, de fautes d’orthographes ou de constructions maladroites. Pour vous permettre de juger par vous-mêmes en voici quelques exemples :
P 98 : Les coups de coudes, voire les coups de poings s’échangeaient entre les deux équipes. Cette fois ci Temudjin fit avancer son antilope au cœur de la mêlée. Il joua des coudes et écarta les cavaliers adverses en donnant des coups de coudes. » Ils ont été mis à rudes épreuves ces fameux coudes.
P 136 : « La charmante cavalière Khol m’avait invité à sa table. Comme d’habitude j’étais arrivé en avance à mon rendez vous. Je m’installai à table réservée pour nous dans le restaurant du bord. A la table la plus proche un homme assez agé,…. » Beaucoup de tables dans ce restaurant et l’une d’entre-elles est mal accompagnée.
P143 : « C’est un des épices d’Al Araf »
P144 : « L’Ambre vert était l’un des nombreuses épices précieux originaires d’Al Araf .»
P161 : « Après le repas, notre professeur nous amené faire le tour de notre domaine. »
P162 : « Cela fait une semaine que la classe a commencé et il s’en ait passé des choses. »
Vous allez me prendre pour quelqu’un de tatillon mais il n’en est pourtant rien. Je ne suis pas très porté sur l’orthographe et ma critique doit contenir son lot de fautes. J’ai juste été un peu lassé par la répétition de ce genre de rencontres au fil de ma lecture. Cela donne furieusement l’impression que l’auteur n’a jamais eu la patience de se relire ou le courage de se faire corriger par quelqu’un d’autre. C’est vraiment dommage !
Reste donc le fond ! Il n’est pas exempt de critiques mais reste globalement positif. Toute la force de l’auteur réside comme je l’ai déjà dit dans sa capacité à poser une ambiance. L’immersion est immédiate et se répète pour chacune des nouvelles malgré que nous passions à des univers très différents les uns des autres. Fabien connait visiblement très bien les différentes cultures dans lesquelles il plonge le lecteur et son imagination parvient à ajouter les petits détails originaux qui font tout le sel de ses récits. Il a indubitablement trouvé un style. Il ne lui reste plus qu’à savoir poser une intrigue, raconter une histoire, clôturer un récit. De ce que je me souviens de mes cours de français, l’écriture d’une nouvelle nécessite de pouvoir rapidement poser le décor sans trop s’y appesantir puisqu’il est à usage rapide et de se concentrer principalement sur l’intrigue qui doit impérativement déboucher sur une chute. Tout le problème ici vient de ce que l’auteur donne la prépondérance au décor, à l’ambiance générale et qu’il a bien du mal ensuite à mettre en branle ses univers. Les scénarios ne sont pas très originaux. Il s’agit pratiquement toujours d’un crime à élucider. Ce n’est déjà pas ma tasse de thé mais dans ce cas ci, de surcroit, on sent trop qu’ils ne sont qu’un prétexte pour amener le lecteur à la découverte des particularités de l’univers, seuls attraits réels des nouvelles. Et lorsque parfois quelque chose se dessine, il semble que l’auteur se soit fixé une limite dans la longueur de ses textes car tout nous est soudain révélé en quelques lignes là où la mise en place de l’intrigue avait mis des pages.
Bref, peut mieux faire serait mon appréciation si j’avais à noté la copie d’un étudiant ! Il y a indéniablement du talent, de l’originalité dans ces textes mais il manque encore du travail. On dirait un élève doué qui ne se donne pas la peine de relire les quelques bonnes idées qu’il a jeté rapidement sur un bout de papier, trop confiant qu’il est en son propre génie.