Bonjour, je suis Jean Jacques de la Tour, gentilhomme de fortune, d’aucun dirait pirate. J’ai quitté les salons ennuyeux pour prendre la mer Vivre...enfin...

        Cette vie est riche, bien plus que ne peuvent l’être les plus fastueux des bals et des fêtes. Cette vie est pure, bien plus que ne peuvent l’être ces marquis poudrés et des baronnes aseptisées.
        J’ai n’ai pas choisi n’importe quel navire. Le capitaine du "Chocolat"  est de noble naissance et si il a comme moi fuit ce monde de morts pour partir sur les mers il n’en conserve pas moins une éducation sans faille. De plus il est particulièrement laconique... il a vraiment tout pour plaire... C’est dommage que son second soit un incorrigible braillard qui passe sa vie à hurler les ordres, incapable de penser par lui même et... enfin bref...

        Nous rentrions juste d’une traversée, les cales pleines de produits de contrebande. Ces livraisons étaient moins excitantes que la piraterie proprement dîtes mais elles étaient souvent plus rentables et le capitaine avait l’intelligence de laisser les marins se reposer entre deux campagnes. Tout l’équipage se retrouvait généralement, dès le premier pied posé sur la terre ferme, dans le moins pire des bars de l’île : La Jambe de Bois.
Ce bouge de La Tortue était particulièrement sordide. On aurait pu écrire son nom dans la crasse qui recouvrait les tables. Mais de toute façon je ne pense pas que quiconque dans ce tripot ai su écrire son nom.

        J’oubliais... on m’appelle Le Cannibale : j’ai fais courir le bruit que dans un moment de folie j’avais dévoré père et mère. Tout le monde est persuadé que si les soldats du roi me mettent la main dessus je serais pendu.
Je serais sans doute pendu... mais pour piraterie. Sinon, je me déplace généralement avec des béquilles. Je prétend avec été blessé à la jambe et j’échappe ainsi à la plupart des corvées : partir pour l’aventure ne signifie pas pour moi briquer un pont.
J’oublie régulièrement de faire semblant de boiter mais personne ne m’a jamais fait de remarque. Ma réputation doit y être pour quelque chose...

        La pièce enfumée était pleine. En plus de notre équipage se trouvaient les hommes du capitaine Iglo, un homme à la barbe blanche que j’avais déjà aperçu, il était secondé par un individu de petite taille emmitouflé dans un grand manteau à la capuche rabattue sur le visage. Il y avait aussi le capitaine Méno... j’en avais entendu parler en raison de son bateau, un bateau étrange à ce qu’on disais et si il était au port je me promettais d’aller me faire ma propre idée sur la question.

        Les portes s’ouvrirent dans un claquement. Gueule d’Amour s’en pris une en pleine tête et s’écroula sur le sol assommé. Un homme bien habillé fit irruption escorté de plusieurs hommes de mains et se rua sur un homme accoudé au bar. Vautré sur le bar serait plus correct. En fait je ne sais pas comment il fit pour lever la tête. Le nouvel arrivant sortit son sabre, lui mit sous la gorge et commença à lui parler à l’oreille. Je me levais et dégainait mon épée.
        Alioth décrocha une ancre qui se trouvait au mur. Le poivrot se dégagea d’un coup de tête magistral qui envoya son adversaire au sol.
Cerise Oeil d'Aigle, la vigie, était déjà parti se cacher depuis longtemps, sa faculté à prévoir les ennuis et à les fuir était hallucinante.
        En se relevant l’inconnu fut bousculé par Kipik, le mousse. il le repoussa violemment mais d’où je me trouvais j’avais clairement vu qu’une bourse avait changé de poche. Je ne pu m’empêcher de sourire et soulevait une table au dessus de ma tête. L’instant d’après l’intrus recevais une ancre sur la tête tandis que ses acolytes étaient jetés au sol par la table que je leur envoyais.
        Il était inconcevable de laisser ces hommes maltraiter un pochard à plus de un contre un...et accessoirement je supportais mal que l’attention de la salle se porte sur quelqu’un d’autre que moi.
        Je sautais sur un table l’épée à la main. "Bon appétit Messieurs !". Une des personnes attablées ne trouva rien de mieux à faire que de me vomir sur les bottes. Un coup de pied en pleine tête lui appris que je détestais qu’on me gâche mes entrées.
L’homme qui avait été pris à partie au bar éleva alors la voix : « A une semaine au Sud-Sud-Ouest de l’île de la Barrique qu’elle est la vieille bourgeoise du Commandant Toure. Et elle dira à qui veut l’entendre où qu’il est le trésor ce petit canon. Te v’la bien avancer maintenant avec toute la salle comme concurrent tu crois encore l’avoir pauvre truffe ! » Il s’écroula, abattu par un coup de mousquet tiré à bout portant dans la tête.
Le Coq sortit son hachoir : "le premier qui bouge je le bouffe !"
Profitant de cette diversion l’un des sbires de l’assassin me faucha, me faisant chuter sur la table. Je me réceptionnais avec classe, prêt au combat, mais l’homme au mousquet pris la parole : "Je suis Morgan DelaGarde, le Capitaine Delagarde, et je vous préviens tous ici que celui qui tentera de se mettre entre moi et ce trésor servira de dessert aux requins !".
        Un silence de mort suivi sa déclaration. Il se retira avec ses hommes et dès qu’il eu franchi la porte... le bar se vida avec une vitesse hallucinante, tout le monde se précipitant pour préparer son bateau.

        Deux marins se précipitent vers le capitaine "On y va ?". Dans leurs yeux la folie de la soif de l’or était visible.  "Vous n’êtes pas déjà partis ?"...  J’aime bien ce capitaine, pour éviter que son second ne répète en hurlant les ordres qu’il donne il considère que nous savons ce que nous avons a faire et c’est à nous d’anticiper sur ses désirs. Malheur à celui qui se fourvoierais mais comme ses ordres sont toujours logiques personne n’y trouve rien à redire. Et le second moins on l’entend....

        Le capitaine se leva et rangea le Pistolet qu’il avait dégainé sous la table, au cas où...
 

        Dès que nous sommes à bord nous hissons les voiles... et la vigie... Elle a bien essayé de monter par ses propres moyens mais en est totalement incapable et ne s’attire que les sarcasmes du reste de l’équipage : le coq se lèche les babines au pied du mat en dosant "tombera, tombera pas...", Alioth prend les pari sur le fait qu’il soit assez mûr et même le mousse prépare son balai serpillière....

        Lorsque le capitaine monte à bord nous sommes prêt au départ et levons l’ancre. Seul Bern, le second, attend un ordre qui ne viendra pas... pourtant depuis le temps il devrait avoir compris...

        Le bateau du capitaine Iglo est partit le premier, fidèle à la devise de son capitaine : "celui qui me doublera est pané". J’observe celui de Nemo, un peu devant nous, sans voiles le seul mat apparent est une simple tige recourbée au bout (ce qui nous vaut une pointe d’humour du second : "hé la vigie, sur ce mat là tu pourrais monter").... Je n’ai jamais rien vu de tel mais force est de constater que ça avance... et plutôt vite... Je décide d’envoyer un pigeon voyageur à la sorcière : elle a de grands pouvoirs divinatoires et pourra sûrement nous renseigner sur nos concurrent dans cette course au trésor qui pourrait se terminer en affrontement frontal.

        Le capitaine est un navigateur hors pair et nous doublons rapidement les deux autres navires, le jour suivant ils sont encore visibles derrière nous et semblent nous faire des signes. La seule réponse vient du mousse qui se met à leur jeter des pierres... acte purement symbolique compte tenu de leur distance...

        Bizarement à la barre du bateau du capitaine Iglo il y a maintenant un jeune blanc bec avec des galons de capitaine. Il se passe visiblement quelque chose. Mais nous ne nous arrêterons pas pour si peu et grâce à la compétence du capitaine nous arrivons à quais bien avant les autres. Nous ne savons pas quand ils arriveront mais nous comptons bien en avoir fini avant cela.

        Nous sommes accueilli par la milice locale qui se compose en tout et pour tout d’un homme un peu ventru. "UN HOMME EN VU !". On ne peut pas reprocher à la vigie de faire son travaille mais on a le droit d’être affligé....
"Je lui jette l’ancre dessus ?" s’enquit Alioth.
        Le "Bienvenu" de l’individu resta sans réponse.... sauf peut être un vague " ‘culé" proféré par le mousse.
Lorsque Alioth se décida à dire bonjour il avait déjà fait demi tour et se dirigeait vers sa guérite. Je sautais lestement sur le quai tandis que le mousse refis des sienne, lui jetant une pierre.
         En se retournant il se trouva face à moi ce qui visiblement le surpris mais il se contenta de me bousculer pour se diriger vers le bateau. ME BOUSCULER... et s’éloigner sans faire attention à moi ?
        Je dégainais mon épée et lui traçait un "Z" sur le fond de son pantalon (pourquoi un "Z" ? Je sais pas... l’inspiration du moment). Le coq lui pose une question étrange sur la possibilité de décharger des farines animales mais déjà il ne fait plus attention qu’à moi. Il me frappe de son sabre, me blessant mais ma riposte est immédiate.
Le capitaine fait cesser le combat d’un murmure.... ou peut être est ce l’écho tonitruant vociféré par son second.. ou peut être est ce l’ancre qui vient s’écraser à coté du milicien, emportant à la mer une partie de la jeté et le pauvre homme abasourdi.
Toujours est il qu’après avoir salué le capitaine et son second je rengainais en souriant.
"UN HOMME A LA MER" que ferait on sans cette vigie....
"Accrochez vous à l’ancre on la remonte !". Cette proposition d’Alioth partait d’un bon sentiment mais il préféra tout de même rejoindre la rive un peut plus loin par ses propres moyens.

        Ne pouvant interroger le garde nous nous dirigeons alors vers le bar le plus proche en quête d’informations. "ET MOI ?". Cette vigie est un peu lourde parfois.... la réponse fut collective et immédiate : "SAUTE !"

        Tout le monde s’écarte pour laisser entrer le capitaine en premier... et le mousse en profite pour s’engouffrer dans l’ouverture avec son seau et son balai serpillière en lâchant son désormais célèbre " ‘culé".
        Je payais une tournée générale tandis que le coq retournait voir le milicien. Seul il arriverait peut être à l’interroger. Il s’enferme tout de suite dans sa guérite. Il faut reconnaître que le cuistot n’est pas très engageant au premier abord et. s’il accepte d’abord de lui graisser la patte il en arrive rapidement aux menaces, méthode visiblement plus efficace puisqu’il apprend que le commandant Tour est mort il y a quelques années et que sa femme vit dans une grande maison bourgeoise en haut de la colline qui surplombe la ville. Le garde demanda même à se qu’on lui dise bonjour de sa part...
Il nous apporta toutes ces nouvelles alors que la situation commençait à devenir... embrouillée.....
        Alioth, le second et la vigie, complètement bourrés, étaient parti chercher un tonneau dans la réserve tandis que je faisais boire l’aubergiste pour attirer son attention tout en essayant de lui soutirer des informations. Le problème c’est qu’il était amoureux de la belle et avait le vin triste... ses propos devinrent rapidement inintelligible et Kipik, le mousse, à qui sa religion interdisait l’alcool, aggravait la situation en lançant des "Voleur' " à l’encontre des trois poivrots.

        Le capitaine opina du chef en écoutant les informations et il sorti, l’équipage sur les talons. Avant de partir le mousse profita tout de même de l’état de l’aubergiste pour l’envoyer rouler au sol d’une claque sur la tête et lui voler sa bourse : " ‘culé". Il fallu aussi faire un détour par le bateau pour déposer le tonneau.

        La grande demeure était silencieuse mais la porte de devant était ouverte et au moment où l’on pénétrait à l’intérieur la porte de derrière claqua.
Je m’élançais suivi du capitaine en hurlant : "Faîtes le tour par derrière !".

        Nous jaillissons derrière la maison. Au loin un individu de grande taille et à la musculature impressionnante s’enfuit, une jeune fille hurlante sur l’épaule. Il porte un pull marin à rayure rouges et blanches.

        Le second tente de l’arrêter en lui lançant un gourdin en murmurant une phrase incompréhensible du genre "Après tout c’est qu’un gros rat..."  mais le manque et le ravisseur s’enferme dans une petite maison. Il s’agit sans doute d’un traquenard. Immédiatement je propose de le faire sortir ou mettant le feu à son refuge...
Le regard de mes compagnons me fait comprendre l’énormité de ce que je viens de dire...
Mais nous sommes tous des hommes d’actions et sans même nous concerter nous savons ce que nous avons à faire. A l’instant ou Alioth défonce la porte d’un coup d’épaule, je bondis par la fenêtre, atterrit en roulant sur le sol et me retrouve debout dans la pièce un pistolet dans chaque main. Avant que l’inconnu n’ai eu le temps de réagir Alioth lui avait lancé un couteau et je lui avait déchargé un pistolet à bout portant.
Mais c’est une force de la nature et il semble à peine affecté, tentant de me frapper avec un de battoir qui lui sert de main. J’esquive et décharge mon deuxième pistolet alors que Maitre Ducros, le coq, rentre et le repousse au fond de la pièce d’un coup de ventre.
A peine relevé il repart à la charge, évitant le hachoir du cuistot et lui collant une baffe magistrale mais d’un coup de pied Alioth l’envoie de nouveau au tapis et ils sautent dessus pour le maitriser.
 Je reste en arrière : ils sont déjà à deux contre un et j’ai des principes...
Je rejoins Bern qui a été détaché la prisonnière.

        Tout à coup une tornade traverse le mur. Le nouvel arrivant a une casquette, fume la pipe et ses manches roulées laissent apparaître le tatouage d’une ancre sur son biceps droit... Il repart en émettant un bruit de sirène avec sa pipe.... Son comportement étrange nous a tellement surpris que personne n’a réagit...

        Bern dit alors à la jeune femme que le capitaine voulait la voir mais, ignorant superbement l’homme qui l’avait détaché, elle se jeta dans mes bras en m’appelant "Capitaine !". Je la conduisait dehors et n’eut même pas besoin de parler : le charisme naturel du capitaine Britney faisant le reste elle me lâcha aussitôt pour se précipiter vers lui.
        Je ne pu m’empêcher de soupirer... de soulagement. Elle était mignonne mais me rappelait des mauvais souvenirs ...
        Kipik résuma en fait assez bien la pensée de l’équipage : « Putain elle est bonne ! ».
Descendant du ciel un pigeon vint se poser près de nous. Nul doute qu’il nous avait retrouvé grâce à quelque sorcellerie.
        Le message qu’il portait à la patte nous laissa dubitatifs : La mégère réclamait un pied à quatre orteils en échange de son aide. Cette perte de temps m’énerva au plus haut point... Au moins nous donnait elle des informations sur nos adversaires :  "le premier (De LaGarde) est mauvais ! Très mauvais ! Il tue, il tue...comme ca ...pan ! Le second (Méno) est un curieux, original et étrange...il ne devrait pas être là...c'est pas son endroit ici. Le troisième (Iglo) est bien il est froid, glacé. Cet élément est le sien il y est comme un poisson".
        Heureusement la greluche avait le chic pour faire baisser la tension. Après un "Emmenez moi loin de ce bouge où rien ne bouge"  Annabella Tour nous dit : "Que puis je faire pour vous rendre service ?". Il n’ai pas nécessaire de dire que les idées les plus folles traversèrent les esprits...
        Le capitaine pris alors la parole, prouvant une fois de plus, qu’il savait parler aux femmes : "Où est le trésor ?".
        Elle proposa de nous hébergé et ce problème réglé nous nous retournâmes vers notre prisonnier qui dit s’appeler Brutus et connaissait une personne n’ayant que quatre orteils à  un pied... En fait ceci nous importait peu : il suffisait de couper un orteil d’un pied normal mais bon...
        Il tenta d’abord de s’enfuir puis, lorsqu’il commença à en avoir marre de se manger des baffes, il nous conduisit au tripot que nous connaissions déjà :  il s’agissait en effet de l’aubergiste !
        Le cuistot passa par le bateau et nous nous retrouvons tous sur le port. Tandis que le capitaine reste dehors avec la fille, nous donnant ainsi son accord tacite puisqu’il occupe le seul témoin un tant soit peu gênant, nous rentrons dans l’établissement, plein de mauvaises intentions.
        Brutus parla d’entrée de jeu du pied et lui demanda de nous le montrer. Cela jeta un froid mais l’aubergiste obtempéra
        " ‘culé M’sieur donne nous ton pied !".  Il releva pas la tête vers Kipik mais reçu une ancre en pleine tête et s’écroula derrière le comptoir sous le regard hilare d’Alioth . Le mousse le termina à coup de pieds tandis que le coq aiguisait son hachoir...

        Il faut reconnaître que la scène qui suivi ne fut pas glorieuse : le coq coupa le plus haut possible pour pouvoir en goûter un morceau, il me proposa même d’en prendre un peu. Je rétorquais que je ne mangeais pas n’importe quoi et avait mes propres sources d’approvisionnement, ce qui éveilla sa curiosité mais régla ce problème.
Je passais la lame du hachoir au poêle pour nettoyer la blessure et nous partîmes en laissant l’infortuné dans un état peu enviable.

        Le second et la vigie revinrent de la maison de la donzelle : je les y avais envoyés pour la fouiller en l’absence de la propriétaire. Bizarrement la maison ne contenait aucun souvenir du commandant Tour.

        Informé le capitaine ne manqua pas de trouver cela étrange.
Nous raccompagnâmes la poule chez elle et le capitaine la fit parler sans difficulté, elle n’avait visiblement rien à caché :  elle connaissait le commandant depuis trois ans et ils n’étaient mariés que depuis peu.
        Kipik, entama de faire le ménage, profitant de l’occasion pour nettoyer la maison dans tous les sens du terme... sans grande réussite d’ailleurs.

        Dehors le vent se levait, bientôt la tempête serait là et il valait mieux dormir sur place.

        Un pigeon nous rejoignit avant la tombée de la nuit, le temps était devenu très mauvais et Alioth avait été prévenir le reste de l’équipage qu’on passerait la nuit à terre et qu’il fallait descendre toutes les ancres pour que le Chocolat ne soit pas drossé sur les rochers.  Nous n’avions envoyé, difficilement, le pied que quelques heures plus tôt, cette sorcière était vraiment surprenante. Elle avait eu une vision disant que la personne qui avait la carte était "la bonne qui était canon".

        Anabella disait ne rien savoir de cette carte, elle semblait sincère et les fouilles n’avaient rien données, elle n’avait pas, et n’avait jamais eu, de bonne et il n’y avait même pas de canon sur le port, nous étions en face d’un mystère complet.

        Au petit matin l’air était frais et pur. Le ciel semblait avoir été lavé par l’orage de cette nuit et je n’enviais pas nos poursuivants qui avaient du subir la tempête en pleine mer.
Le capitaine se fia à son intuition et nous retournâmes sur le port pour demander au milicien si le commandant Tour n’avait pas, par hasard, eu d’autres femmes dans sa vie.
Le capitaine avait déjà interrogé la pimbèche à ce sujet mais sur ce point précis on ne pouvait pas être sûr de ce qu’elle racontait : Il y avait effectivement eu Bertha et comme il disait : "la grosse Bertha c’est un canon".

        Elle tenait maintenant un des cinq bars de la ville. Il y avait un peu de monde et la capitaine préféra donner des consignes strictes pour éviter les problèmes : ne pas taper les gens, ne pas leur jeter des pierres, ne pas leur jeter d’ancres et ne manger personne...
Les ordres furent plutôt mal reçus (surtout la deuxième couche hurlé par le second) mais ils furent obéis, ce qui est l’essentiel.

        Bertha déballa son histoire sur une simple demande, le plus inquiétant étant que toutes les personnes présentes dans le bar la reprenait en cœur.... Visiblement elle l’avait déjà raconté des dizaines de fois et personne ne la croyait. Elle nous décrivit exactement comment trouver le trésor qui se trouvait sur l’île de la Planqua. Le commandant Tour était le second du capitaine Flint et c’est le trésor de ce dernier qui se trouve là bas. Elle n’a jamais trouvé quelqu’un pour l’y emmener et nous propose de nous accompagner sur place.
        Outre le fait que la présence d’une truie à bord m’inspire peu il faut reconnaître qu’il serait malaisé d’imposer à un équipage superstitieux une présence féminine  à bord, même si, comme le fait remarquer le second, on peut difficilement appeler ça une femme.
Je dois reconnaître que le langage, déjà fort peu courtois, des frères de la côte avait tendance à empirer...
"Et la pouffiasse ?" demanda le capitaine, "On l’emmène ?"
La réponse vint d’Alioth : "C’est pas une pouffiasse, c’est une salope !"

        Le coq ramena la conversation sur un problème plus sérieux : il informa Bertha que des navires étaient en route pour piller la ville. L’histoire pris immédiatement. Cette femme était vraiment crédule ce qui n’augurait rien de bon pour la véracité de son histoire de trésor. Malheureusement elle nous demanda  de rester pour participer à la protection de la ville.
        Après un court silence gêné le maître coq proposa que les habitants montent des embuscades mais le capitaine intervint : il suffisait de faire croire qu’il y avait la peste en ville (une voix fit même remarquer que certaines personnes perdaient leurs membres mais personne ne releva).

        Annabella nous regarda partir. Elle restait au port et ne croyait pas un mot de toute l’histoire de Bertha. Nous aurions pu faire croire que nous n’y croyions pas nous plus (ce qui était à moitié vrai) mais nous étions trop sûrs de nous et de notre avance. Nous ne pouvions pas prévoir que nous serions atteint par la fièvre des mers : un calme plat, sans le moindre souffle de vent, une attente qui rend fou.

        Nous perdîmes ainsi trois jours, trois précieuses journées. Les compétences du capitaine nous permirent de rattraper un peu de notre retard mais son second se montra en dessus de tout et lorsque nous arrivâmes enfin en vue de La Planqua nos adversaires étaient déjà à pied d’œuvre... et ils avaient emmenés la grosse Bertha...

        Visiblement le capitaine Iglo avait retrouvé son poste : l’usurpateur avait été jeté par dessus bord, même le capitaine Méno et ses matelots avaient aidés à sa destitution... étrange affaire mais elle nous importait peu et nous débarquâmes. Derniers à mouillés nous étions les premier à fouler cette terre pleine de promesses.

        Un pigeon nous amène alors un curieux dessin, censé représenter une vision de la sorcière il nous laisse dubitatif...

        Dès que nous nous engageons dans la jungle Le Borgne est dévoré par un serpent...  Gueule d’Amour nous taille une route au sabre dans l’épaisseur du mur végétal qui nous fait face et nous avançons à sa suite dans une véritable tranchée , cicatrice sur la masse vivante qui couvre l’île.

        Nous laissons Jack le Balafré en arrière pour ralentir nos poursuivants mais le résultat est des plus étonnant. En effet, des bruits de voix nous parviennent rapidement : "Mais tu es mon frère disparu en mer !" "UMBERTO ! Père est il encore vivant ?".

        Nous profitons de ce hasard pour prendre de l’avance mais notre progression est finalement stoppé : nous sommes encerclés par une tribu de cochons sauvages !
Je dégaine immédiatement et arrive à faire bonne figure malgré la situation : chez moi la Classe est un don !
"Ha ! Jamais vu une lance aussi mal aiguisées !"

        A cette remarque de nos assaillants nous ne pouvons nous empêcher d’esquisser un sourire et décidons de nous laisser conduire jusqu'à leur village.
La vigie ne peut s’empêcher de se plaindre : "on est dans la merde...". Par contre le cuistot ne se laisse pas démonter et leur prépare la sauce.
La comédie à assez duré ! Je m’exclame : "Craignez la colère du dieu de la Foudre !"
Un pistolet dans chaque main, je les décharge à bout portant sur deux sauvages qui s’écroule. Derrière moi le capitaine à fait de même et même la vigie a trouvé le courage de tirer...

        Autour de nous un cercle se forme... un cercle qui s’élargit peu à peu...
...et le sol se mit à trembler... mais là on y était pour rien...

        Les autochtones s’éparpillèrent comme une volée de moineaux apeurés.
La pensée du jour revint au coq : "A l’étranger fait comme la faune !"
Mais avant d’avoir pu mettre cette maxime en application nous voyons arriver un singe d’une taille gigantesque, sans doute près de 50 mètres de haut !

        L’horrible animal se penche vers nous et avant que nous n’ayons eu le temps de faire un geste il s’est emparé du capitaine. Je lui entaille un doigt avec mon épée mais il ne s’en rend même pas compte. Le capitaine a lui aussi frappé avec son sabre mais il doit lâcher son arme sous la douleur.

        J’esquive le pied du monstre qui manque de me marcher dessus mais j’arrive à garder une certaine contenance.

        Alioth, insensible aux événements, goûte la sauce et décide de rester manger sur place. Le second à nettement plus les pieds sur terre : "Je viens d’être promus capitaine !". L’instant d’après, mon épée sous la gorge, il termine d’une petite voix : "Allons sauvez le capitaine... ".

        Les autres équipages poursuivent la recherche du trésor mais pour l’instant le singe s’éloigne dans la bonne direction... nous ne perdons donc pas notre avance mais cela ne saurait, hélas, durer...
La grosse Bertha, elle, a disparu...

        En effet, le singe se précipite vers la montagne au visage : l’une des grottes qui la couvrent, et lui donnent cette apparence de visage à laquelle elle doit son nom,  contient le trésor que tout le monde recherche.

        Aucun des membres de mon équipages ne semblent avoir remarqué que j’ai abandonné mes béquilles au village et court à leur coté sans gène apparente.

        Lorsque nous rejoignons la gigantesque créature elle est en train de bécoter le capitaine...

        Espérant attirer son attention ailleurs je vide ma fiole de rhum sur son pied et y met le feu. L’effet est immédiat et il s’élance vers les arbres ou il l’éteint tant bien que mal. Il pose alors le capitaine près de son pied. Celui ci en profite pour reprendre sa respiration : avec un pied en flamme le singe avait un peu serré la main et la sensation qui en résultait pour la personne qui se trouvait dedans avait été fort peu agréable. Il voulait visiblement que le capitaine fasse disparaître la douleur. Malheureusement le capitaine manque de présence d’esprit et toucha la partie endolorie.

        Visiblement, l’animal apprécia modérément ce geste et il le repris dans sa main, lui soufflant violemment au visage.

        Profitant de son inattention je m’élance et commence à l’escalader. Je ne suis pas très sportif mais ma volonté me porte. Incapable de prendre une décision le second déclare avec un bateau de retard : "Vas y !". J’attend la hauteur de son ventre lorsque tout à coup je lâche prise. Je tente vainement de ma rattraper mais je percute une branche d’arbre de plein fouet dans le ventre et fini ma course dans les bras du cuistot. Je parviens faire bonne figure mais sombre tout de même dans l’inconscience.

        La dernière chose que j’entendis fut la remarque de mon sauveteur : "C’est pas raisonnable ça... Hé le second il est vraiment foireux ton plan, je dirais au capitaine que tu abîmes l’équipage.".

        La suite de mon récit découle donc des informations que j’ai pu glaner à mon réveil pour reconstituer les événements.

        A cet instant Alioth revint enfin du village : le cuistot avait drogué la sauce puisqu’elle était destinée aux aborigènes et avait "oublié" d’en prévenir le malheureux...
Mais il a eu la bonne idée de ramener la grosse Bertha et le second la prend quelques instants à l’écart pour discuter. Le plan semble être de l’échanger d’une manière ou d’une autre contre le capitaine.

        Mais les événements se précipitent : "Mon Bébé !". Puis, se tournant vers l’équipage ahurit : "C’est mon ex...". Le monstre jette le capitaine, qui fini sa course coincé dans les branches d’un arbre, secoué mais vivant et s’empare de la grosse Bertha.
Le dernier message de la sorcière disais :  "La planqua... il y a du nez là-bas...plusieurs même ! Par la même occasion il m'en faudrait un !". Sur mon brancard je parvins à murmurer dans une demi conscience : "le nez du visage, la montagne..."

        Tout le monde se précipite vers la grotte qui semble être le "nez" de cette montagne et le groupe y trouve les deux autres équipages englués dans une espèce de patte gluante qui jonche le sol...

        Les matelots font alors un feu et deux volontaires se dévouent pour envoyer la fumée à l’intérieur...

        Le résultat ne se fait pas attendre : tout à coup la montagne éternue dans un bruit de tonnerre. Le second à le temps de se précipiter sur le coté mais la vigie est projetée dans les airs (le second : "Mon ami !", la vigie : "Je reviens !") et, après avoir traversé une bonne parti de la forêt, fini sa course, complètement désarticulé, dans la marmite du village.

        La grotte est déjà bien dégagée mais en quelques instants le mousse, armé de son balai serpillière, l’a complètement nettoyé. La route est libre et tous s’élancent comme un seul homme.

        Malheureusement les autres équipages ont échappés au souffle et lorsque le groupe débouche dans une gigantesque grotte éclairée par une large ouverture dans le plafond ils assistent à une scène étrange : les capitaines se tiennent dos à dos, dans une position défensive évidente, autour les hommes du capitaine Iglo s’écrient : "venez le trésor est là !".

        Le piège et vraiment trop grossier et Alioth se contente de hurler "A l’attaque !"
Aussitôt des soldats de la Reine surgissent de partout.

        Le groupe, qui avait bien pris garde à ne pas s’engager dans la grotte, tourne les talons et s’élance vers la sortie, Alioth me portant, se servant de mon corps comme d’un bouclier. Malgré les balles qui ricochent autour de moi je fais bonne figure mais la situation change tout à coup l’espoir changea de camp, le combat changea d’âme...
Le singe géant était dehors, et sur son épaule la grosse Bertha hurlait : "Vengeance mon poussin !".

        Nous rejoignons le Chocolat et levons l’ancre... à ce moment le perroquet de la sorcière arrive, nous portant un dernier message avec la voix de sa maîtresse: "Le grand singe que vous verrez a un point commun avec toutes les bêtes au coeurs trop grands...plus tard...hum...plus tard...je ne voie pas...un lapin me dit : il faut vous protéger du froid, ne pas vous enrhumer...mais je ne sus pas bien sure de moi ...il a mange des choses pas
nettes cette bestiole ! Attendez...... Ho oui je le voie le grand trésor...mais il vous faudra être brave fort, puissant comme l'es votre Capitaine...heu non son second ...a moins que ce soit le mousse... L'un d’entre vous vous sauveras du carnage, de la trahison et de la perfidie du sang bleu il y a.. . vous êtes en danger... partez... vous allez mourir ? ...peut être ... ils ont des mousquets... ca fuse..." suivent quelques mots incompréhensibles puis " touché.. aïe..". La voix s'estompe et l’oiseau s'en va...

        Dommage qu’il ne soit arrivé plus tôt...

        Notre attention est attiré par le singe géant qui nous rejoint en marchant sur le fond : Bertha s’excuse, elle nous explique que les gardes avaient kidnappés son fiancé, que les hommes du capitaine Iglo étaient des traîtres et qu’il s’agissait d’un piège pour mettre fin à nos activités ainsi qu’à celles de Méno et son équipage...

        Nous nous regardons avec le capitaine : un bateau abandonné appartient à celui qui le trouve... nous prenons donc possessions de nos nouveaux navires... Bertha nous indique même où se trouve le galion des gardes royaux et nous avons la joie d’y trouver toute une cargaison de rhum de contrebande, sans doute saisie récemment..

        Nous faisons nos adieux à la grosse qui reste sur l’île et prenons la mer en emportant le corps de notre camarade et ceux de la plupart de nos adversaires...  quoique nous réclame la sorcière pour le ressusciter nous auront de quoi la satisfaire...

        Nous faisons tout de même attention à mettre les corps dans une barque attachée derrière... l’équipage est superstitieux et nous avons eu notre dose de problèmes pour un bon bout de temps...
 
 

THE END




Remarque : les frères de la côte ne sont pas réputés pour leurs finesses mais on a fait quand même un peu fort....

Présentation des persos :
Asmodée  : "je suis plutôt pas terrible"
"Non, on voulais une descrption de ton perso"

Après la scène du bar au tout début :
Abel : "J'avais sorti mon mousquet sous la table au cas où"
"t’appelles ça comme tu veux"

Première rencontre avec Anabella Tour :
Abel  : "je vais lui présenter un membre de l’équipage"
- silence -
- rires -
 

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